Se connaître
L’âme, selon les traditions
Ces regards ne disent pas la même chose. Aucun n’est présenté ici comme le bon : à vous de voir ce qui résonne.
Dans l’hindouisme (Upanishads), l’âtman est le soi profond, distinct du corps et du mental qui changent. Selon les écoles, il ne fait qu’un avec l’absolu, le brahman, ou il en est une part.
Le bouddhisme enseigne le non-soi : rien dans l’expérience, ni le corps, ni les sensations, ni la conscience, ne serait un soi permanent. Cet enseignement vise surtout à se défaire de l’attachement à une identité figée.
Pour Platon, l’âme est distincte du corps et immortelle. Pour Aristote, au contraire, l’âme est ce qui fait vivre, sentir et penser le corps : elle n’en est pas séparée.
Dans l’enseignement catholique, la personne est une unité d’un corps et d’une âme spirituelle, créée par Dieu et immortelle.
Dans la Bible hébraïque, nefesh désigne la personne vivante, et ruah, le souffle. La Kabbale distingue ensuite plusieurs niveaux de l’âme : nefesh, ruah, neshama.
Dans le soufisme, Al-Ghazâlî parle du cœur (qalb), de l’esprit (rûh), du moi des penchants (nafs) et de l’intellect (ʿaql), et décrit un chemin vers « l’âme apaisée ».
Dans la pensée akan (Ghana), l’okra est le soi le plus intime, porteur de la destinée. Dans la pensée yoruba (Nigeria), l’orí, la « tête intérieure », porte la destinée choisie avant la naissance ; les philosophes discutent de la place qu’elle laisse à la liberté.
Pour le physicalisme, enfin, la conscience est une activité du cerveau, et l’idée d’âme n’est pas nécessaire.
Ces regards ne disent pas la même chose. Aucun n’est présenté ici comme le bon : à vous de voir ce qui résonne.
Sources : Les Upaniṣad, trad. A. Degrâces, Fayard (2014) ; C. Coseru, « Mind in Indian Buddhist Philosophy », Stanford Encyclopedia of Philosophy ; Platon, Phédon ; Aristote, De l’âme, GF Flammarion ; Catéchisme de l’Église catholique, § 362-368 ; Encyclopaedia Judaica, « Soul » ; Al-Ghazâlî, Iḥyâ’, livre XXI ; A. Wingo, « Akan Philosophy of the Person », Stanford Encyclopedia of Philosophy ; S. Gbadegesin, African Philosophy (1991) ; « Physicalism », Stanford Encyclopedia of Philosophy.
Ce que la science dit, et ne dit pas
La science montre que la conscience dépend étroitement du cerveau.
Des études ont suivi des personnes réanimées après un arrêt cardiaque : environ une sur dix à une sur cinq rapporte une expérience de mort imminente. Ce vécu est réel et marquant ; son interprétation, survie de la conscience ou activité du cerveau, reste débattue.
Des philosophes rappellent qu’on n’explique pas encore pourquoi il existe une expérience vécue : c’est le « problème difficile » de la conscience.
Ce que la science ne dit pas : elle ne prouve ni l’existence de l’âme, ni son absence. La question dépasse ce que l’expérience peut mesurer.
Sources : P. van Lommel et coll., The Lancet (2001) ; S. Parnia et coll., AWARE-II, Resuscitation (2023) ; D. Mobbs et C. Watt, Trends in Cognitive Sciences (2011) ; David Chalmers, « Facing up to the problem of consciousness » (1995).
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