Se comprendre
Victime ou créateur ?
Ce qui vous est arrivé n’est pas votre faute ; ce que vous en faites vous appartient.
On peut avoir été victime sans rester dans la posture de victime. Être créateur, ce n’est pas se reprocher ce qu’on a subi : c’est choisir, aujourd’hui, ce qu’on en fait. Ce qui vous est arrivé n’est pas votre faute ; ce que vous en faites vous appartient.
Comprendre : victime ou créateur
On peut avoir été victime : c’est un fait, et ce qui est arrivé n’est pas de votre faute. Se vivre comme une victime, c’est autre chose : c’est une posture, une manière de lire tout ce qui arrive comme venant de l’extérieur.
Être créateur, ce n’est pas tout contrôler, ni se reprocher ce qu’on a subi. C’est reconnaître la part qui dépend de soi, ici et maintenant : son regard, ses choix, son prochain pas.
Nous sommes la créature de notre histoire : elle nous a façonnés. Et nous en devenons le créateur chaque fois que nous choisissons ce que nous en faisons.
La responsabilité porte sur l’action et sur la réponse, jamais sur la valeur de la personne.
Un exemple
Karim répète : « Mon chef me rend fou. » Il remarque que cette phrase lui retire tout pouvoir.
Il la reformule : « Quand mon chef critique mon travail devant l’équipe, je me sens humilié, et je peux choisir de lui demander un échange en privé. »
La situation n’a pas changé ; sa place dans la situation, oui.
Ce que dit la recherche
Une étude a suivi des personnes après une agression. Celles qui se reprochaient de ne pas avoir empêché le passé souffraient davantage ; celles qui se sentaient actrices de leur rétablissement, au présent, allaient mieux.
Se reprocher un acte ne fait pas le même effet que se reprocher ce qu’on est : le second abîme. La honte vise la personne ; la culpabilité vise un acte, et elle pousse à réparer.
Se figer devant l’épreuve est une réaction naturelle du corps, pas une faiblesse. Ce qui s’apprend, c’est le sentiment d’avoir prise sur quelque chose.
Croire que chacun obtient ce qu’il mérite pousse à blâmer les victimes. C’est pourquoi « tu l’as attiré » n’a pas sa place ici.
Enfin, se traiter avec bienveillance après une erreur donne plus d’élan pour s’améliorer que se juger durement.
Sources : Patricia A. Frazier, Journal of Personality and Social Psychology (2003) ; Ronnie Janoff-Bulman, « Characterological versus behavioral self-blame » (1979) ; J. P. Tangney et R. L. Dearing, Shame and Guilt (2002) ; S. F. Maier et M. E. P. Seligman, « Learned helplessness at fifty » (2016) ; Melvin J. Lerner, The Belief in a Just World (1980) ; J. G. Breines et S. Chen, « Self-compassion increases self-improvement motivation » (2012).
Plusieurs regards
Le stoïcien Épictète distinguait ce qui dépend de nous, nos jugements et nos choix, de ce qui n’en dépend pas, les événements et l’opinion des autres.
Dans le bouddhisme, le karma désigne d’abord l’intention qui guide nos actes. Un texte ancien rejette même l’idée que tout ce qu’on vit viendrait de nos actes passés : le karma n’est pas une punition.
Viktor Frankl a témoigné que, même dans les pires conditions, il restait une liberté : celle de choisir son attitude.
Ces regards se rejoignent sur un point : on ne choisit pas tout ce qui arrive, mais on peut choisir sa réponse.
Sources : Épictète (Arrien), Manuel, chapitre 1, trad. E. Cattin, GF Flammarion ; Sīvaka Sutta (SN 36.21) et Aṅguttara Nikāya 6.63 ; Viktor E. Frankl, Découvrir un sens à sa vie grâce à la logothérapie, Éditions de l’Homme.
Nous sommes le créateur et la créature.
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